Michèle Gagnan – Biographie de l'artiste

Écrire sa biographie présente un certain défi car une multitude de facteurs orientent notre vie, et éventuellement développent nos capacités potentielles.

Ceci dit, dessiner et peindre ont toujours fait partie de ma vie, depuis mon enfance. Je suis née à Paris. Mon père, lui même peintre à ses heures, était un ingénieur à la Compagnie de l'Air Liquide. C'est lui, entre autres, qui inventa le détendeur de l'appareil de plongée "Aqua Lung" qui fut à l'origine du succès de Jacques Cousteau. Mon père peignait des portraits et des paysages.

Très tôt, à l'école, je m'amusais à faire des dessins, à griffonner des petites folies sur n'importe quel papier qui me tombait sous la main. Puis en 1939, déclaration de la guerre. Nous étions en vacances en Bretagne. Nous rentrons à Paris. Les Allemands envahissent la France. Mes parents cherchent un refuge de paix à la campagne, achètent un ancien presbytère à St-Lubin près de Houdan. Grand jardin, verdure, belles allées de maronniers, pelouse, une croix en pierre. Je dessine. Maman est enceinte. Elle accouche à Houdan d'un beau petit frère Dominique. Mais mon père est bientôt appelé dans l'armée (DCA). Ce sont les adieux dans les larmes. Les Allemands avancent. C'est la débacle, la défaite est inévitable. Les soldats sont relâchés, mon père prend contact avec ma mère, lui enjoint d'amener toute la famille, c'est-à-dire les trois enfants dont le dernier qui n'avait que quelques mois dans un village au centre de la France, où il viendrait nous rejoindre (je n'oublierai jamais le spectacle de l'exode massif des français avec carrioles, chevaux, meubles, effets de toutes sortes, les accidents dans les fossés), ce qu'il fit. Les Allemands continuant d'avancer, nous filons vers le sud. Narbonne, Ressac, où des amis nous reçoivent chaleureusement. Nouvelle nature, nouveaux dessins. Après quelques semaines, le cessez le feu signé par Pétain et Hitler nous permet de remonter à Paris où commence une vie laborieuse, une vie de restrictions sous l'occupation allemande. Passons les horreurs du nazisme, les camions remplis de déportés, les bombardements, ce que je n'oublierai jamais. Puis la libération, la joie hystérique des Français, mais la vie n'était plus comme avant la guerre. En 1948, la petite famille Gagnan, fatiguée par les restrictions, une certaine morosité des Français, décide de migrer dans un pays de paix, de gentillesse, de simplicité. En fait, mon père s'était fait offrir un poste d'ingénieur à la succursale montréalaise de sa compagnie. Tous frais de voyage payés, laboratoire de recherche, techniciens… il ne peut résister à la tentation. Toute la famille émigre donc au Canada, en passant pas l'Angleterre où ma mère avait des amis d'enfance. Connaissant ma passion, ils m'offrent un cahier de dessins. Quelle coincidence ! Je n'ai pas tardé à m'en servir. En effet, dans une rue de Londres, quel ne fut mon étonnement devant un cireur de souliers… spectacle impensable en France. Vite je dessine le cireur, astiquant les souliers d'un élégant monsieur qui lisait, debout, son journal !

Puis après un voyage très agréable sur le Queen Mary, ce fut l'arrivée à New York et enfin au Canada. Emerveillement devant la nature, les lacs des Laurentides, les feuilles rouges d'automne. Dans mon fameux carnet de dessins, utilisant soit de l'aquarelle, soit de la peinture à l'huile en tubes, comme ceux de mon père, je me suis mise à peindre. Au collège Marie de France, où mes parents m'ont inscrite dès notre arrivée, je m'amusais pendant les cours à dresser les portraits des visages de mes copines, ou de mes professeurs (j'en ai gardé un de Mme Dussaigne entre autres) et ce à leur insu bien sûr !

En 1963, alors que j'étais devenue épouse et maman, j'ai fait connaissance avec l'Ile du Prince Edouard. Cou de foudre ! Nouvelles peintures, paysages de mer, paysages du petit port de North Rustico.

Puis en 1976, suite à un événement très traumatisant dans ma vie, mes enfants et moi sommes allés passer un an à Paris, dans le Quartier latin… séjour qui fut une expérience inoubliable sur les plans académiques, intellectuels, artistiques et humains. A notre retour, fin 1977, j'ai voulu reprendre contact avec mes amis en leur envoyant une carte de Noël peinte par moi-même. Je me suis alors lancée dans une technique folle, inventée de toute pièce automatique ou disons semi-automatique. La technique consistait à diluer de la peinture à l'émail de différentes couleurs avec un solvant, à créer des mouvements, des glissades de ce solvant sur la peinture, créant ainsi des lignes aux formes fascinantes, suggérant même parfois des paysages que je n'aurais jamais imaginés moi-même ! Lorsque ceux-ci apparaissaient (ce qui bien entendu n'était pas toujours le cas) je séchais l'huile, découpais la section intéressante et la collait sur une carte blanche.

C'est ainsi que j'ai envoyé une multitude de cartes de vœux à des amis avec des petites peintures utilisant cette technique. Retrouvant par la suite, ces peintures affichées, encadrées aux murs, j'ai décidé, flattée, de persister, voir développer cette technique. Ce fut alors la naissance de nombreux tableaux de tous formats, qui furent l'objet entre autres de deux vernissages, aux Galeries Marie-Anne (2002) et Mozaïk-Art (2004) à Montréal.

Dans le but de m'intégrer davantage dans une société artistique à Montréal, j'ai voulu créer une Association des Médecins Artistes du Québec (AMAQ) en 2001 avec une première exposition au Mount Stephen Club. Même si cette exposition eut un certain succès, l'association n'a pas vécu longtemps, possiblement à cause des vies assez remplies de mes collègues médecins du Québec.

Finalement, récemment, je fus intégrée dans une société artistique de Ville Mont-Royal: TRAM, rassemblant une quinzaine d'adhérents, la majeure partie d'entre eux étant artistes peintres.

A quand la prochain exposition ? L'art est une source de grand plaisir.

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